
Le visage dans les mains, assise à même le plancher de son appartement, Clara regarde sa statue. Trois jours qu’elle n’avance pas. Pas l’envie. Chaque nouvelle tentative est un échec. Elle n’y est pas. Le geste n’est pas assez précis. Elle s’acharne mais sans résultat. L’art, c’est du vivant et quand le cœur ne suit pas, c’est presque inutile de forcer le destin. La jeune femme le sait mais elle a bien conscience aussi que son absence de créativité risque de lui coûter cher. Elle attend une inscription aux Beaux-Arts mais l’argent accumulé diminue à vue de nez. Et puis les « gentils agents chargés de lui trouver un travail » ne vont pas non plus lui faire une fleur...ni même lui en offrir. Rendez-vous est pris dans une semaine. Si d’ici là, elle n’a rien de sérieux à leur apporter, ce sera la déconfiture. Retour à la case départ. Des petits boulots pénibles..des horaires décalés à faire la serveuse fast-food dans des restos ouverts toute la nuit. La fatigue qui va s’accumuler et la créativité qui va s’étioler. Cette sculpture, elle doit pouvoir la montrer. Même à l’école. Pour qu’ils lui fassent confiance, lui ouvrent la porte.


L’enfant que l’on porte prend forme jour après jour. Une oreille, un œil…Dans son liquide amniotique il ressent vos vibrations. Ce sont ces vibrations que Clara voudrait retrouver. Elles ne sont pas loin. Enfouis sous son absence d’envie et sa peine parfois si lourde. Clara se lève, étire ses jambes endolories. Cela fait plus d’une heure qu’elle est ainsi dans son salon. Il était temps de sortir de ses brumes. « Je vais prendre l’air ». Clara enfile un pull et claque la porte.